INFORMATION N°47 Mars 2020

Témoignage d’André Kassogué, président de l’association Mail-Mali de Bandiagara :

 

(…) Par la même occasion, je vous transmets également la situation de la distribution de mil qui a eu lieu le samedi dernier : au total nous avons pris en charge 134 familles bénéficiaires chacune d’un sac de 50 kg.

 

Face à la recrudescence des violences et attaques et vu les déplacements massifs des populations à Bandiagara, nous ne pouvons que faire notre mieux. La situation sécuritaire sombre davantage dans le chaos. Le dimanche 12 janvier 2020, le village de Kassa à 5 km de Bandiagara a été totalement anéanti par des terroristes en tuant une dizaine d’hommes et renvoyant les femmes et les enfants à Bandiagara. Au regard du rapprochement des attaques et des ciblages, nous commençons à avoir la peur au ventre, la psychose est quotidienne, à la limite on ne sait plus à qui faire confiance.

Portez-nous dans vos prières pour qu’un jour nous puissions sortir de ces ténèbres.

Toutes mes salutations à vous et aux autres membres.

 

 

Madame, Monsieur, chers Amis,

Comme vous pouvez le constater au travers de ce témoignage, nous n’avons malheureusement pas de bonnes nouvelles concernant la situation générale au Mali et plus particulièrement au pays Dogon qui, jusqu’au début 2018, avait été relativement épargné.

 

Les violences, l’insécurité, n’ont fait qu’empirer au fil du temps. On ne compte plus désormais un jour sans l’attaque d’un car ou d’un convoi, sans l’assassinat de villageois/es revenant du marché, l’incendie d’un village accompagné d’assassinats, de destruction du puits, des récoltes et de rapt du bétail. Sur les grands axes, les véhicules sautent sur des mines. Les camps militaires, postes de contrôle et gendarmeries sont aussi régulièrement assaillis, des écoles et leurs enseignants menacés. Ainsi, des milliers de personnes (21’636), menacées ou chassées de leurs villages, viennent se réfugier à Bandiagara.

En raison de ce contexte conflictuel, il devient difficile, voire impossible, de mener à bien des projets de développement dans les villages, les déplacements étant beaucoup trop risqués.

Dès lors, nous concentrons nos efforts dans l’aide alimentaire, dans le secours aux personnes déplacées.

Ainsi, au cours des 12 derniers mois, nous avons aidé la ville de Bandiagara, ainsi que le village de Tacharane, près de Gao, en y distribuant pas loin de 50 tonnes de céréales à environ mille familles.

Les habitants de Tacharane ont particulièrement apprécié notre soutien lors de notre intervention aussitôt après l’attaque de leur village et leur déplacement dans un camp aux alentours de Gao :

« La dernière distribution s’est effectuée le 12 février dernier sous la supervision d’Alhader.

(…) Cette distribution venait à point nommé tant la situation sécuritaire s’est dégradée au point où aucune activité ne marche encore, les populations sont toutes cantonnées et n’attendent que des aides humanitaires.

Les bénéficiaires adressent leurs remerciements à Mail-Mali et à tous ses partenaires qui lui permettent de faire du miracle à leurs yeux.

Les populations, déplacées à la suite de plusieurs menaces des groupes terroristes, retournent timidement, car elles n’ont pas leur place en ville ; même, il n’y a pas eu assez de garantie pour leurs sécurité. »

Malgré ce climat d’insécurité, nous avons pu intervenir dans divers domaines et assumer nos engagements fondamentaux, à savoir financer les secondes tranches pour les 8 bourses à Bamako et Gao, les 15 parrainages à Sévaré, la cantine de Bendjéli (280 élèves), et celle de Kori-Kori, transférée à Bandiagara, où, pour des questions de sécurité, ont été scolarisés 60 élèves.

Nous avons aussi répondu favorablement à une association de femmes de Hombori qui souhaitaient mettre sur pied des activités génératrices de revenus. Il s’agira pour ces femmes de confectionner divers objets (chapeaux de paille, dessous de plat ou couvercles de plat) et autres souvenirs à vendre aux passagers des cars venant de Bamako et Sévaré qui se rendent à Gao et font escale à Hombori.

L’argent ainsi gagné servira essentiellement au bien-être des enfants et à l’achat de leur matériel scolaire.

Projet de banque de céréales

Notre partenaire Yagtu (association de femmes à Bandiagara) nous a présenté un projet de banque de céréales en faveur du réseau des femmes de Bandiagara qui compte en son sein 36 associations féminines. Ce projet estimé à environ CHF 14’000.- connaît déjà une promesse de financement de CHF 8’000.- par une Fondation amie. 

Même s’il paraît risqué d’investir dans une zone de conflits, nous jugeons préférable de courir le risque d’y perdre de l’argent plutôt que nous montrer lâches en leur tournant le dos.

Malithon du Mail

 

Pour la 10ème année consécutive, les élèves de 11ème année du collège du Mail ont couru un Malithon en solidarité avec les élèves du pays Dogon. Les élèves n’ont ménagé ni leur peine, ni leurs jambes : cette course parrainée a rapporté près de CHF 11’000.- ! Pour ce magnifique résultat, nous adressons nos plus vifs remerciements aux élèves, aux enseignants et aux nombreux parrains et marraines qui ont contribué au succès de cette manifestation.

Nous terminerons sur quelques notes positives :

  • nos sept écoles au pays Dogon sont toutes fonctionnelles, aucune n’a reçu de menaces de la part de djihadistes
  • les transferts d’argent au Mali par la banque ne posent aucun problème
  • une généreuse Fondation a pris en charge les frais de la cantine de Bendjéli

 

 

A chacune, à chacun d’entre vous, nous réitérons notre profonde reconnaissance

pour votre fidèle soutien et votre générosité !

 

 

Le président de l’Association Mail-Mali

Jacques Humbert