Exposition à Paris, "la grandeur des Dogons"

La grandeur des Dogons


Le Quai Branly présente à partir de mardi dix siècles d'art de ce peuple malien. La première depuis 1994


Du 5 avril au 24 juillet 2011

Une grande carte comme entrée en matière. Elle est dessinée au seuil de l’exposition Dogons qui commence mardi au Quai Branly. Elle présente les différentes migrations qui ont peuplé le pays dogon, au centre-est du Mali. "Nous voulons montrer la profondeur historique de ces cultures", souligne Yves Le Fur, directeur du département du patrimoine et des collections. Ce territoire se compose d’un plateau bordé par l’incroyable falaise de Bandiagara. "Une falaise stratégique" selon Yves le Fur. Les Dogons s’y réfugiaient en cas d’attaque dans des "auvents", des cavités, où ils pouvaient tenir un siège, grâce à de grandes jarres d’eau et des provisions. Certains auvents servaient à des cérémonies d’initiation. Les statues, gardiens en bois de ces sanctuaires, y ont été préservées, le climat sec et chaud jouant également un rôle protecteur.

Les scientifiques ont ainsi retrouvé des sculptures datant du Xe siècle, à l’époque où en Europe s’édifiait l’abbaye de Cluny. Contrairement à une idée reçue, la sculpture africaine s’ancre dans l’histoire… Ces œuvres sont présentées dans la première salle de l’exposition, qui rassemble 130 statues très stylisées, à la beauté puissante, certaines d’une abstraction incroyable. Elles ont été regroupées par la commissaire Hélène Leloup, marchande d’art et spécialiste des Dogons, en de petits îlots, en fonction de leur style correspondant à des peuples différents, ou à des zones géographiques du pays dogon. "On a même identifié des artistes, comme le Maître de la maternité rouge, dont deux sculptures sont réunies dans la même vitrine", précise Yves Le Fur.

La création du monde


Toutes ces statues aux styles divers présentent aussi des caractéristiques communes: personnage aux bras levés, herma-
phrodite, jumeaux, cavalier… Le mythe de la création dogon se lit dans les sculptures comme dans les objets du quotidien – portes, appui-tête, coupes, bijoux présentés dans la troisième et dernière partie de l’exposition. Amma, le dieu suprême, crée le monde, puis des jumeaux. L’un des jumeaux se rebelle, se sauve et est transformé en renard (il communique lors des cérémonies de divination). L’autre, Nommo, vient sur terre dans une arche, avec huit ancêtres des hommes créés par Amma, (quatre hommes et leurs jumelles, d’où les statues hermaphrodites). Nommo se transforme en cheval et apprend aux hommes le langage, le tissage et l’agriculture. Les bras sont levés pour supplier Amma de faire tomber la pluie.

Une cérémonie tous les 60 ans


Les rites dogons ont été décrits par des anthropologues français, fascinés par cette culture. Le premier, Louis Desplagnes, militaire en poste au Soudan, rapporta près de 300 objets au début du XXe siècle. Puis, dans les années 1930, l’ethnologue Marcel Griaule revint en France avec des milliers de fiches, d’objets et d’enregistrements sonores. Un vieux Dogon aveugle accepta notamment de lui révéler les mythes de son peuple. Dans la deuxième salle, des masques rapportés par la mission menée par Griaule sont accrochés en l’air, comme s’ils flottaient.

Représentant des animaux –singes très stylisés, crocodiles, cervidés–, ils étaient portés par les initiés lors de cérémonies de deuil. Une cérémonie particulière, le Sigi a lieu tous les soixante ans: elle célèbre la révélation de la parole aux hommes. Un long masque de plusieurs mètres de haut, la "mère des masques", dont on peut admirer un exemplaire dans l’exposition, est sculpté et porté pour l’occasion. "Contrairement aux sociétés occidentales, souligne Yves Le Fur, chez les Dogons, les personnes âgées sont respectées. Ceux qui ont vécu deux Sigi en particulier."

Marie-Anne Kleiber - Le Journal du Dimanche

Samedi 02 Avril 2011