info 13, avril 2003


Bandiagara : les conséquences de la sécheresse


De retour du Mali, nous pouvons,hélas, affirmer que les conséquences de la sécheresse qui a sévi en 2002 se manifestent de manière de plus en plus évidente :

- le médecin de Bandiagara nous confirme que les cas de malnutrition ne cessent de se multiplier parmi les enfants (état de faiblesse, oedèmes, diarrhées, taches de la peau…) ;

- un jeune agriculteur nous dit avoir déjà dû vendre, à vil prix, 6 de ses 22 moutons pour subvenir aux besoins de sa famille ;

- un autre nous apprend qu’aucun de ses manguiers ne porte de fruits, les fleurs ayant séché, faute d’eau ;

- un chef de quartier raconte qu’une femme de son voisinage s’est résignée à vendre la plupart de ses marmites ;

- les plus aisés se voient obligés de nourrir un nombre croissant de bouches ;

- l’un d’eux, qui avait investi 200'000.-FCFA pour l’ensemencement de ses champs, n’a récolté que pour 30'000.-FCFA ;

- on compte 15% d’animaux morts parmi le gros bétail, et la traite d’une vache ne remplit pas même un verre de lait;

- les artisans n’ont plus de travail, par manque de clientèle, donc plus de moyens ; 

- les femmes déplorent que le prix des condiments a doublé.

Par ailleurs, la crise qui secoue la Côte d’Ivoire pousse des milliers de Maliens à retourner dans leur pays, totalement démunis, et ils se retrouvent à la charge de leurs proches ou de l’Etat.

Si nous n’avions pas interrogé les gens, nous aurions été incapables de vous faire part de ces témoignages ;en effet, ils n’en parlent pas, n’émettent aucune plainte, non tant par résignation que par dignité et discrétion. Et ce ne sont là que quelques exemples parmi ceux rencontrés dans cette région sinistrée, où les activités économiques ont pratiquement cessé, vu qu’ils consacrent leurs maigres revenus exclusivement à l’achat de nourriture.

C’est donc dans ce contexte-là que s’inscrit notre action « Greniers Dogon »,fortement appréciée sur place, et dont nous sommes chargés de vous remercier au nom de toute la population. (cf. verso)

Bien sûr, il vaudrait mieux pouvoir agir afin d’éviter la répétition de telles catastrophes,mais nous n’avons ni les moyens, ni les armes pour nous attaquer à un tel problème. D’autres organismes spécialisés (certains sur place) cherchent des solutions ; ils sont spécialisés dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de l’irrigation ou du reboisement, mais c’est là une tâche extrêmement complexe dont les résultats ne sont pas pour demain. Alors, en attendant, il ne nous paraît pas vain de réagir aux très lourdes conséquences de cette sécheresse.

Ainsi, notre distribution de riz se poursuit comme convenu : gratuite pour les indigents, contre une légère rétribution pour les autres, somme réinvestie dans l’achat de céréales. Par chance, pour Bandiagara, l’Etat vient d’acheminer 105 tonnes de mil et une ONG allemande en a donné 117 tonnes ; nous-mêmes, nous n’avons distribué pour l’instant que 36 tonnes de riz.

Toutefois, il faut savoir que ces gens vont au-devant des mois les plus difficiles : bientôt, les travaux agricoles vont reprendre, exigeant force et endurance d’une population affaiblie.

C’est pourquoi nous sollicitons aujourd’hui l’appui des élèves de l’ESRN pour permettre à l’action « Greniers Dogon » d’amplifier son impact et d’apporter son secours en particulier à des villages isolés et fortement touchés.

Dès lors, nous vous prions de réserver un accueil généreux aux élèves qui viendront vous demander un geste de solidarité dans le cadre de notre action « Greniers Dogon ».

Quant au chantier de la 2èmeécole de Djiguibombo, il a repris après une pause due à une succession de rites funéraires traditionnels. Tout porte à croire que l’école sera achevée avant ’hivernage, soit avant la saison des pluies et des travaux champêtres. Nous prévoyons son inauguration pour Noël 2003.