info 11, mai 2002


Nandoli : inauguration de l’école 

Djiguibombo : bientôt une 2ème école !


Nous avions  cru, dans un premier temps, pouvoir inaugurer à Noël 2001 l'école de Nandoli, qui a été construite grâce à l'argent récolté lors du Malithon 2000, mais le village de Nandoli, à ce moment-là, ne comptait plus que les vieux, les femmes et les enfants : toutes les forces vives étaient dans la plaine du Niger,occupées à la récolte du riz. Après cet exode, les hommes sont maintenant revenus avec, pour salaire, de nombreux sacs de riz, aliment complémentaire à leur mil traditionnel et bienvenu pour assurer la soudure.

Il a ainsi fallu patienter trois mois supplémentaires pour assister enfin, le samedi 6 avril, à cette manifestation dont l'ampleur n'a eu d'égal que la joie exubérante et la profonde reconnaissance de la population.

Les représentants des autorités politiques, administratives et scolaires étaient tous présents, ainsi que les chefs des villages associés à celui de Nandoli et les maires de plusieurs localités; et une foule haute en couleurs s'est déplacée en masse pour participer à l'événement.

Après un accueil rythmé par les tamtams, ponctué par les coups de feu tirés par les chasseurs,le hurlement des cornes de bœufs, les youyous stridents des femmes, la foule s'est quelque peu calmée pour permettre aux officiels de lire leurs discours,fort heureusement brefs. Sitôt le ruban coupé, les groupes de danseurs de différents villages ont commencé à animer la place, et leurs danses se sont poursuivies encore bien longtemps après notre départ.

Pour nourrir et abreuver cette foule, une dizaine de bœufs et une vingtaine de moutons ont été sacrifiés; des centaines de kilos de riz et de litres de bière de mil ont été distribués.

Un réalisateur de la TSR, M. Jean Bastian, présent lors de cette manifestation, a su capter les moments forts de la fête; ses images seront présentées dans le cadre de la Triennale (Expo ACO), les 31 mai, 1er et 2 juin prochains, au Collège du Mail.

Pour nous autres Européens, il demeure parfois difficile de saisir l'importance de la présence d'une école dans un village africain, où, dans bien des cas, il n'est offert aux enfants qu'une scolarité de 3 ou 6 années.

Il faut bien comprendre que le but de la scolarisation n'est pas de faire à tout prix de ces enfants des intellectuels, mais de les alphabétiser,et que le seul fait d'avoir fréquenté l'école a des incidences socio-économiques beaucoup plus profondes qu'on ne l'imagine. 

Des études menées par M. François Orivel* démontrent, par des exemples probants à nos yeux, que "les agriculteurs ayant fréquenté pendant quatre années l'école primaire ont une productivité supérieure de 7,4% à celle de leurs homologues qui n'ont pas fréquenté l'école primaire". L'impact de la scolarisation se manifeste aussi dans les domaines de la santé, de l'hygiène, de la fécondité : pour les mères qui ont été scolarisées 7 années, le taux de mortalité de leurs enfants est de 100 pour 1000, de 135 pour 1000 lorsqu'elles ont suivi l'école durant 4 à 6 années, et de 210 pour 1000 si elles n'ont pas été scolarisées !

La population des villages où s'est implantée une école ressent bien tout le profit qu'elle peut en tirer. Nous citerons pour preuve l'attitude des habitants de Djiguibombo : les élèves de leur village, répartis en 4 degrés (et bientôt 5), s'entassent dans les trois salles de classe que nous avons construites. Face à cette situation qui n'est plus acceptable, ils ont pris l'initiative de casser des pierres en vue de construire un 2ème bâtiment scolaire.

Extrêmement surpris, et à la fois très heureux, de constater que les habitants de Djiguibombo avaient saisi l'enjeu que représente la scolarisation de leurs enfants, nous souhaitons soutenir leur effort et leur enthousiasme en répondant favorablement à leur demande et en leur offrant ce 2ème bâtiment devenu si nécessaire. Face à une telle motivation, nous avons à cœur de ne pas les décevoir…

*ORIVEL François, "Education et développement", in Education et formation. L'apport de la recherche aux politiques éducatives, ouvrage coordonné par Jean BOURDON et Claude THELOT, Paris, CNRS, 1999