Article de presse

Paru dans L'EXPRESS du 13.04.2012


"Mes amis maliens sont à bout"




A Bamako, des habitants originaires du nord du Mali manifestent contre la proclamation d'indépendance de l'Azawad. KEYSTONE

Jacques Humbert, président de l'association Mail-Mali, évoque la guerre, l

a sécheresse et l'indifférence de la communauté internationale.


"Des amis me téléphonent. Ils sont au bout du rouleau, ils n'ont plus rien à manger. Il n'y a plus de touristes depuis longtemps. L'économie du pays dogon est par terre." Président de l'association neuchâteloise Mail-Mali, Jacques Humbert connaît bien ce pays africain. Il s'y rend régulièrement depuis les années 1990. "Il y a une sécheresse terrible. Il a manqué les trois dernières pluies. Il n'y a plus de récolte. Le déficit est ahurissant."

Sur le plan politique, ce n'est guère plus réjouissant. Le nord du Mali est aux mains de la rébellion, elle-même divisée. "Les rebelles touaregs se contentent de l'Azawad (réd: l'espace désertique entre le Sahara et le Sahel). Ils sont contre les islamistes. Ceux-ci, leur envie, c'est d'envahir tout le Mali et de l'islamiser. La population n'acceptera jamais. C'est un non ferme." Bien que le pays soit à 90% musulman, rappelle Jacques Humbert, les habitants sont 100% animistes. "Et leurs croyances animistes s'expriment."

Ex-président ambigu

L'ancien professeur de l'école secondaire s'est rendu sur le plateau dogon en décembre et en janvier dernier. "Je suis passé par Bamako début février quand les femmes de militaires manifestaient. Elles dénonçaient le sort des soldats, envoyés au casse-pipe dans le nord. "ATT (réd: Amadou Toumani Touré, le président déchu) était ambigu. On ne sait pas s'il était avec les rebelles ou pas. Quand il envoyait les troupes dans le nord, c'était en petit nombre, mal armées. Je comprends que des officiers se soient rebellés et l'aient déposé. L'armée est complètement désorganisée. Sans parler de la corruption. La seule chose que je reconnais à ATT, c'est qu'il a donné sa démission sans rouspéter. Chapeau. Ça apporte une certaine facilité pour la suite des événements. Des élections devraient avoir lieu. Il y a du positif."

Bisbille avec la France

La communauté internationale n'est guère active. "Ce pays est abandonné de tous. Pour ne pas dire trahi", commente Jacques Humbert. "Il y a des élections en France. Ça bloque tout. Je ne comprends pas très bien. Cette zone de l'Azawad va être un lieu de trafic. Al-Qaïda va s'installer. C'est dangereux pour tout le monde. Ce sera une zone d'entraînement. La communauté internationale devrait s'inquiéter." Et d'ajouter: "Entre la France et le Mali, il y a un problème. ATT a toujours refusé de signer des accords qui permettraient de renvoyer les Maliens de France." Un refus qui n'a pas manqué d'énerver Nicolas Sarkozy.
Quant aux dirigeants des pays voisins, notamment la Côte-d'Ivoire et le Burkina Faso, selon Jacques Humbert, ils ne sont guère tentés d'intervenir. La manière dont ATT a été déchu pourrait donner des idées. On l'aura compris, l'avenir du Mali est en pointillé. Jacques Humbert espère, dans un premier temps, que la paix y règnera à nouveau. "Et que les touristes y retourneront. Il y a un accueil extraordinaire."

Durement touché

Actuellement, les hôtels ferment. Les gens se retrouvent sans emploi. "Quand 30 personnes sont au chômage, combien en pâtissent? Ça touche tous les chauffeurs, les guides, les artisans. Peut-être que ça les oblige à se reconvertir plutôt que de vivre des "toubabs" (réd: les blancs). Mais, quand même, le pays souffre d'une crise économique artificielle. "

Le Neuchâtelois y a d'ailleurs inauguré la sixième école soutenue par Mail-Mali. Il s'agit là d'une école secondaire. "Ce sont trois salles de classes, c'est n'est pas le Mail." 

L'association bénéficie du soutien de Latitude 21. La Fédération neuchâteloise de coopération au développement est soutenue par le canton, les communes et la Confédération. Elle regroupe les ONG neuchâteloises. "Remercions l'Etat au passage. Nous lui sommes infiniment reconnaissants."



Paru dans L'EXPRESS du 18.04.2012



L'appel à l'aide de l'association Mail-Mali




A Bamako, l'aide humanitaire est stockée. Elle est destinée aux zones aujourd'hui contrôlées par les islamistes. KEYSTONE

 

A la guerre vient s'ajouter la famine endémique. Absence de récoltes faute de pluies.



"Nous n'aimerions pas voir cette liste s'allonger par les petits Dogons, victimes actuellement d'une grave crise alimentaire, due à l'absence presque totale de récoltes en raison de pluies insuffisantes en fin de culture." L'association neuchâteloise Mail-Mali (notre édition du vendredi 13 avril) fait référence aux nombreux conflits ou drames qui endeuillent plusieurs régions du globe.



Dans le pays d'Afrique de l'ouest, la sécheresse est endémique. La guerre et le flot de réfugiés viennent ajouter à la confusion. "Nous avons aussi une antenne à Gao (réd.: dans le nord du pays, aujourd'hui aux mains des islamistes). Les problèmes sont graves. Les gens s'en vont", précise Jacques Humbert, le président de l'association. A Gao, selon plusieurs sources, des membres de la secte islamiste nigériane Boko Haram, auteur de plusieurs attentats sanglants contre des chrétiens dans leur pays, paraderaient dans les rues.



30 personnes à 100 francs pendant huit mois



Mail-Mali, pour sa part, s'est fixé des objectifs. "Nous aimerions récolter au moins 3000 francs par mois. Ce qui permettrait d'acheter une centaine de sacs de céréales de 100 kg", ajoute-t-il. "Trouver au moins 100 personnes qui s'engagent à verser 30 francs par mois durant 8 mois, soit 240 francs, tout don supplémentaire étant bien sûr souhaité et bienvenu.



L'intégralité des sommes récoltées sera consacrée à l'achat de céréales, mil ou riz, qui seront distribuées par l'association Yagtu, secondée par la récente section Mail-Mali de Bandiagara, localité du Plateau dogon. "A la suite de précédentes aides alimentaires que nous avons apportées, bien des gens que nous rencontrons quand nous sommes au Mali nous en remercient encore et nous affirment que nous avons sauvé de nombreuses vies." L'association est active depuis les années 1990 au Mali. DAD


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