Rapport du projet



Selon les besoins de l’entrepreneur, M. Paul Kené, et les exigences du chantier, Yagtu (notre partenaire local), a versé les sommes nécessaires à la bonne marche des travaux du chantier du puits.


Le vendredi 5 juillet 2013, à Songho, a eu lieu une réunion en présence de M. Kené, M. Kimbassa Dolo (responsable local), de M. Boukary Sanogo (vice directeur de Yagtu), des membres du Comité de gestion du puits et de moi-même (Jacques Humbert).


D’emblée M. Kené nous explique les difficultés rencontrées dès le début des travaux, étant confronté tout de suite à un sol rocheux, sans pratiquement aucune couche meuble (on aurait pu s’en douter...)

De plus, il s’est avéré extrêmement compliqué d’acquérir (au Sénégal) puis d’acheminer la dynamite jusqu’au pays Dogon, soit en direction de la zone des combats (on est alors encore dans la période d’intervention française dans le nord du pays contre les djihadistes). Cela a entraîné retards et frais supplémentaires. 


Au cours de cette réunion, M. Kené affirme avoir atteint 17m. Au vu de ce résultat et de la quantité d’eau déjà accumulée (1,2m / diam : 2m, alors qu’il n’a pas encore plu), il est suggéré et même souhaité d’arrêter les travaux. M. Kené, cependant, décide de procéder à un dernier dynamitage. Le soir même, il m’annonce, en présence de Fifi Yaïguere Tembély (directrice de Yagtu) et de M. B. Sanogo, avoir dépassé les 20m.


Au cours de cette même séance à Songho, les femmes émettent le vœu qu’on renonce à l’achat d’une pompe, dont les pannes et réparations ne font que créer des problèmes, au profit d’une structure avec poulies et couvercle. L’assemblée accède à leur demande.


A la requête de M. Kené que Mail-Mali participe aux frais de réparations du toit et des faux plafonds de l’école qui ont subi de sérieux dégâts lors d’un dynamitage, j’oppose un refus catégorique. Il est par ailleurs demandé à M. Kené de procéder sans délai aux réparations, afin d’éviter plus de dégradations avec les pluies à venir.


Quelques jours plus tard, lors du visionnement des photographies prises le 5 juillet, un sérieux doute s’installe en moi quant à la profondeur réelle du puits !


Le samedi 20 juillet 2013, à l’occasion de la réception provisoire du puits organisée par M. Kené, nous nous permettons de mesurer la profondeur du puits à l’aide d’une ficelle lestée d’une pierre. Résultat de la mesure : 11 (onze !!!) mètres.


Naturellement préoccupé par cette situation, je passe en revue le devis point par point en présence de M. Kené, de son « administrateur » (son frère Marc), de M. Jean Bastian (réalisateur tv et restaurateur vaudois retraité, installé à Bandiagara – hélas décédé ce 1er septembre) et de M. Oumar Tapily (directeur d’école) – tous deux membres précieux de la section Mail-Mali de Bandiagara.


Il en ressort que M. Kené ne sait pas établir un devis, ne sait pas mesurer, est naïf ou alors un très maladroit arnaqueur et que certaines personnes doivent abuser de son ignorance. Reconnaissons-lui cependant sa capacité de sourcier : il a creusé de nombreux puits, tous positifs, mais cela ne me suffit pas pour passer l’éponge sur la « magouille », qu’elle soit voulue ou le fruit d’un maladroit.


Toujours est-il que, deux réunions plus tard, parfois assez houleuses (!), nous parvenons à un accord et arrêtons la somme de FCFA 5'865'000 (cinq millions huit cent soixante-cinq mille) que M. Kené accepte de rembourser à Mail-Mali.


La somme m’est remise le 13 août 2013 et je la dépose sur le compte bancaire de Yagtu à la BNDA, à Bandiagara.


Le vendredi 16 août 2013, je me rends une dernière fois à Songho, accompagné d’André Kassogué, président de la section Mail-Mali de Bandiagara (SMMB), de M. Ambassagou Kassogué, entrepreneur (c’est lui qui a restauré les 6 salles de classe à Bandiagara, construit le second cycle à Nandoli; membre lui aussi de la SMMB), et d’autres amis.


Constat : L’eau du puits affleure à 3m de la surface, mais elle frémit, preuve que l’eau de pluie, de ruissellement s’infiltre : et en effet, l’eau est trouble.

On observe mieux et on apprend et comprend ceci : M. Kené a creusé, puis colmaté les parois avec du banco ou de la latérite, qu’il a ensuite recouvert d’une (mince) couche de ciment, qui s’est effritée et est tombée lors des dynamitages ! Et surtout qu’il n’y a pas de buses du tout! Laissé en l’état, le puits risque fort de s’effondrer peu à peu!


De plus, au lieu de deux bassins de récupération, il n’y en a qu’un, et il n’y a pas le tuyau galvanisé d’évacuation prévu.

Il n’y a pas non plus de mur d’enceinte, le sol n’est pas cimenté, les poulies ne sont pas en place...


Sollicité pour achever ce puits en mai 2014, en lui précisant que nous paierons ces nouveaux travaux, M. Kené refuse catégoriquement de reprendre quoi que ce soit pour ce puits.


Samedi 31 août 2013, André Kassogué est allé à Songho en compagnie d’un nouvel entrepreneur recommandé par M. Ambassagou Kassogué : M. Ibrahim Diallo, qui a accepté de procéder à l’achèvement de ce puits.

Il s’agira donc essentiellement de mettre en place des buses et des massifs filtrants, de construire un deuxième bassin de récupération, d’ériger un mur d’enceinte et de cimenter le sol.


Les travaux s’effectueront en mai 2014 et sont estimés à FCFA 4'113'500, soit environ CHF 7’815.-.


Reprise des travaux par M. Ibrahim Diallo


Samedi 12 avril 2014

Nous recevons la demande de la 1ère tranche pour le démarrage de la reprise du puits.

Le montant demandé est 60 % du montant soit 2’468 100 F CFA (deux millions quatre cent soixante-huit mille cent  francs CFA).

« Nous demandons ce montant pour mettre tous les matériaux et matériels sur le site afin de pouvoir finir avec l’ensemble des travaux avant l’hivernage qui ne va pas tarder à s’installer. » 

Nous lui faisons parvenir le montant désiré par l’intermédiaire d’André Kassogué.


Dimanche 27 avril 2014

André Kassogué nous informe que le lundi 22 avril a eu lieu la rencontre de l'entrepreneur Ibrahim Diallo avec les notables de Songho pour fournir des explications sur le démarrage des travaux.

Les travaux de surcreusement ont commencé le mardi 23 avril. Dans la semaine, il y a eu le pompage de l'eau et l'explosion. Actuellement ils ont pu avoir 50 cm de profondeur.


Lundi 12 mai 2014

André Kassogué nous informe que le surcreusement est dans sa phase terminale, l’entrepreneur est en train de confectionner les buses poreuses qui permettront l’infiltration des eaux.


Ce même jour, l'entrepreneur Ibrahim Diallo nous présente la demande de la 2ème tranche :

« Une fois de plus je viens par la présente lettre, pour vous solliciter l'obtention d’une deuxième tranche de paiement pour le puits de Songho, vu l’avancement des travaux et les pluies précoces de ces derniers temps qui menacent les avancées.

Donc par ce souci, je sollicite une somme de: Six Cent Quarante Cinq Mille Quatre Cent FRANCS (645’400) CFA »

Nous lui faisons parvenir le montant désiré par l’intermédiaire d’André Kassogué.


Vendredi 4 juillet 2014, je rencontre à Songho Ibrahim Diallo, l'entrepreneur qui a repris les travaux pour achever le puits.

La rencontre a lieu en présence d'André Kassogué, d'Oumar Tapily et de Kimbassa Dolo.

Les travaux entrepris pour terminer le puits donnent entière satisfaction.

Le puits a une profondeur de 14m, est étayé de buses et reçoit de l'eau en quantité, une eau claire, de source.

Initialement, il avait été prévu d'installer une pompe; puis, après discussion  avec les femmes qui vont utiliser le puits, le choix s'est porté sur les puisettes. Cependant, par la suite, sur l'offre de Yagtu qui disposait d'une pompe (récupérée d'un  projet qui n'avait pas abouti), cette dernière a été installée, tout en conservant l'alternative des puisettes, mais en accordant la priorité à la pompe pour des raisons d'hygiène.

La pompe elle-même est cadenassée avec une chaîne de vélo et n'est donc utilisée qu'avec autorisation.

Le puits est clôturé par un mur en béton et est doté deux entrées. Dans un angle est aménagé un tuyau pour évacuer les surplus d'eau qui sont déversés à l'extérieur dans un puisard pour éviter de créer un bourbier.

Trois marches, à l'intérieur de cet enclos, donnent accès à la pompe; l'une d'elles devra être reprise afin d'en éliminer la forme concave où stagne de l'eau.

Deux bassins ont été aménagés à l'extérieur, l'un pour le bétail, l'autre pour arroser le jardin des femmes où seront aussi cultivées, par Kimbassa Dolo et ses élèves, les plantes médicinales pour le Centre de médecines traditionnelles de Bandiagara.



Quant au projet poulailler, auquel le puits devait fournir l'eau, il a été abandonné en raison des trop grandes difficultés et risques d'échec qu'il présente. Il sera avantageusement remplacé par un élevage de chèvres qui pourront aisément occuper les lieux précédemment prévus pour les poules.

La ferme laitière, qui bénéficiera aussi du puits, compte actuellement 7 veaux issus de croisements devant donner de meilleures laitières.

Le fourrage est entreposé dans un enclos jouxtant l'étable, et aussi chez les partenaires eux-mêmes.


Remarques :


Parmi les difficultés rencontrées, je relève celle d’obtenir des informations sur l’avancement des travaux, d’obtenir un retour des suivis. Cela est partiellement dû à des problèmes de connexion avec Internet et peut-être à un surcroît de travail du responsable de Yagtu, très souvent en déplacement dans les villages, sur le terrain.

Je pense que désormais nous ne serons plus confrontés à ce problème : André Kassogué, président de l’Association Mail-Mali de Bandiagara, se chargera de la communication et saura nous tenir au courant. De par son engagement envers son association d’une part, mais aussi et surtout envers la nôtre, consciencieux comme il l’est, il ne manquera pas à son devoir. Nous avons avec lui une valeur sûre.


L’autre gros problème qui a plombé le projet, c’est le mauvais choix d’un mauvais entrepreneur. La faute m’en revient. Le choix s’est porté sur ce Kené, poussé que j’ai été par les responsables de Yagtu, qui avaient un regard positif sur son travail.

Lors des autres chantiers (école à Moussourou, 2nd cycle à Nandoli,  réfection de salles de classe à Bandiagara), j’ai chaque fois eu recours à Ambassagou Kassogué, un excellent entrepreneur, en plus d’être un véritable ami. 

Mais j’ignorais totalement qu’il  construisait aussi des puits !!!

Pendant toute la période où il était contremaître, combien de puits n’a-t-il pas creusés ! Malgré les liens que nous avons tissés, je n’en ai jamais rien su et je n’ai donc pas même envisagé de lui proposer d’entreprendre ce fameux puits, ce que je regrette amèrement.


Et c’est sur son conseil avisé que nous avons engagé M Ibrahim Diallo, car, pour de multiples personnelles et bonnes raisons, Ambassagou ne pouvait se mêler à l’histoire de ce puits.


Au cours de cette mésaventure, j’ai bénéficié du soutien sans faille et efficace de notre défunt ami Jean Bastian, qui a défendu Mail-Mali bec et ongles et grâce à qui nous avons pu obtenir de Kené qu’il nous restitue une partie des fonds versés.


Le positif, c’est qu’aujourd’hui, je sais parfaitement avec qui je peux et dois travailler.



Neuchâtel, le 22 septembre 2014



Jacques Humbert