Article dans L'Express

Dans un article parut dans le quotidien L'Express du 6 avril 2017, Jacques Humbert, président de Mail-Mali, revient sur l'histoire de l'association, son fonctionnement et ses divers projets. Il y aborde notamment le soutien apporté par l'association aux femmes maliennes, ainsi que le "succès à double tranchant" de l'action vélos.



Par fabien wildi

     L'association Mail-Mali s’active en faveur des villages défavorisés.

      

«C’est du bénévolat total. On s’investit sans compter tout en limitant les frais au maximum, afin que l’ensemble des dons collectés puisse être reversé en faveur des communautés maliennes que nous soutenons.» Aux yeux du Neuchâtelois Jacques Humbert, président de l’association Mail-Mali, chaque franc est précieux. Et les projets ne manquent pas, pour qui entend améliorer durablement les conditions de vie des régions les plus démunies.

Un coup de cœur


«Notre activité au Mali répond à des besoins fondamentaux. Nous proposons une aide alimentaire pour surmonter les périodes de sécheresse et d’inondation, voire les invasions de criquets qui dévorent les récoltes. Nous finançons également la construction de plateformes multifonctions avec un générateur électrique, de moulins à grain pour l’agriculture et surtout d’écoles.» Aujourd’hui, six établissements sont déjà bâtis et fonctionnels dans quatre villages, assurant la scolarisation de plusieurs centaines d’élèves.

Ce résultat est l’aboutissement d’une aventure commencée par de simples échanges épistolaires, entre la classe de cet ancien professeur du Mail et celle d’un collègue malien, actif à Bandiagara. «Il m’a conseillé la lecture de l’écrivain local Hampâté Bâ. J’ai eu alors un véritable coup de cœur pour cette région et je m’y suis rendu aussitôt.»

Malithon


Les événements s’enchaînent ensuite rapidement. «Avec le soutien de la direction de l’ESRN et des étudiants neuchâtelois, nous avons mis sur pied des marchés et un Malithon, une course d’élèves parrainée, qui nous ont permis de récolter près de 120 000 francs. Grâce à ce montant, nous avons financé une distribution de dix tonnes de riz, puis notre première école en 1996.» Peu de temps après, la fondation ESRN-Mali voit le jour, suivie de l’association Mail-Mali avec laquelle elle travaille étroitement.

Comme pour tout projet humanitaire, la question du financement est une problématique épineuse. «Des parrainages et des récoltes de dons sont essentiels pour mener à bien nos actions et continuer à proposer des bourses d’études, du matériel scolaire et de la nourriture.» Cela passe par l’organisation de manifestations et la tenue de stands d’artisanat, incluant notamment des produits manufacturés au Mali.

L’investissement de Jacques Humbert fait d’ailleurs des émules. «Un professeur du Mail organise des Malithon depuis six ans, afin de poursuivre la tradition. De plus, une ancienne élève tiendra un stand en notre faveur le 20 mai aux Acacias. Je suis ravi que notre mouvement puisse se poursuivre.» De quoi perpétuer les valeurs humanistes de l’association.


Soutien aux femmes


En Afrique, l’association Mail-Mali collabore actuellement avec l’organisation de femmes YA-G-TU, active dans 230 villages sur le plateau Dogon. Menée par Yaïguéré Tembely, elle lutte pour l’amélioration de la condition féminine au Mali. Ensemble, les deux groupes mettent en place des ateliers d’alphabétisation et d’apprentissage du calcul.


Pédaler pour accéder à l’éducation scolaire


Dernier projet en date, une action de distribution de vélos est en cours à Kori-Kori, au Mali. Orchestrée par l’association Mail-Mali, elle a pour but de venir en aide aux élèves dont le lieu de résidence est éloigné du collège dans lequel ils sont scolarisés. Pas moins de quarante enfants parcourent, en effet, dix-huit kilomètres à pied quotidiennement pour accéder à leur école.

Succès à double tranchant

L’initiative permet de combler le manque de ressources au niveau de la mobilité. «Le vélo s’est vite avéré être le moyen de transport le plus efficace et le moins coûteux pour raccourcir les temps de trajet, excessivement longs jusqu’alors», indique Jacques Humbert. Livrées en pièces détachées en provenance du Ghana, les bicyclettes sont ensuite assemblées à Bandiagara puis distribuées aux élèves de Kori-Kori. Au total, cent vélos ont déjà été acheminés sur place, par lots de cinquante. L’objectif initial est d’ores et déjà accompli, alors que cinquante vélos supplémentaires sont attendus d’ici Pâques. «L’ironie de l’histoire est que cette opération a presque trop bien fonctionné. L’action vélos a suscité tellement de dons spécifiquement destinés à son financement, que nos actions de base tel que l’octroi de bourses se trouvent menacées de ne plus être couvertes.» Bien entendu, l’argent perçu pour une cause particulière ne peut pas être employé à d’autres fins. L’appel à la générosité citoyenne est donc relancé.

Politiciens opportunistes

Pour l’anecdote, la distribution des cycles a récemment été marquée par l’opportunisme de certains politiciens, qui se sont approprié les mérites de cette démarche pour tenter de ravir des voix en pleine période d’élections. «J’ai appelé le directeur de l’école concernée pour lui certifier que nous ne sommes affiliés à aucun parti politique. Pour éviter toute ambiguïté, André Kassogué, mon homologue de l’Association Mail-Mali de Bandiagara (AMMBa), a pour sa part pris soin de faire inclure l’inscription «Don AMMBa» sur le cadre de chaque vélo.» Une précision d’importance pour un collectif qui se targue de conserver sa neutralité et son indépendance.